Lynne
Cohen
Untitled (Stainless Lab - Laboratory), 1999-2012
Untitled (Stainless Lab - Laboratory), 1999-2012

Lynne Cohen
Untitled (Stainless Lab - Laboratory), 1999-2012
Photographie couleur c-print
156 x 196 cm ( 194 x 232 cm encadré )
Edition de 3 ex + 1 AP
Galerie In Situ - fabienne leclerc, Grand Paris

1/1

 

Lorsque j'ai vu cette photographie agrandie à 180 x 220 cm, c'était comme si je la voyais pour la première fois. L'agrandissement a été réalisé douze ou treize ans après un premier tirage à 125 x 150 cm, un format qui n'est déjà pas modeste. Ce changement de dimensions transforme énormément l'oeuvre. Il "dilue" le contenu et semble donner à la photographie une apparence picturale. Auparavant, il était plus facile de lire cette photographie comme un document. Le sujet demeure, mais la photographie est devenu plus abstraite. En d'autres mots, l'aspect formel de l'oeuvre a éte rehaussé, mettant au second plan la singularité de la pièce photographiée. L'image s'est ouverte et la couleur est devenue plus palpable et les éraflures sur le mur, plus visibles. Tous ces détails sont très photogéniques.

Ainsi nous avons presque l'impression de regarder ici un tableau expressionniste abstrait. Certains éléments rappellent les rayures que les patineurs ont laissées sur la glace dans certaines de mes photographies de patinoires, ou les marques visibles sur les sols de linoléum dans mes photographies de salle de réception. Toutes ces traces semblent enregistrer le souvenir de ce qui s'est passé sur ces surfaces - comme dans un tableau de jackson Pollock. Ici la photographie demeure un document; mais, bien qu'il soit assez évident que cette pièce est faite d'acier inoxydable, sa fonction précise demeure obscure et le spectateur en est réduit à ses nombreuses spéculations.

Ce va-et-vient entre le document et l'abstraction m'interpelle au plus haut point. Comment se fait-il qu'un enregistrement puisse parfois relever davantage de l'abstraction que du documentaire ?

 

Dans certaines photographies de plus petit format, une qualité abstraite peut apparaître, mais elle est moins visible. Dans les grandes photographies cependant, elle peut finir par dominer. De la même manière, il est curieusement difficile de savoir si les éraflures que l'on observe dans cette oeuvre se trouvent dans la pièce même ou s'il s'agit de rayures sur la vitre qui protège la photographies. Apparaissent-elles sur les murs du laboratoire ou y a-t-il eu erreur au tirage ? On peine même à voir si ce sont des éraflures ou des réfractions, où elles commencent et où elles s'arrêtent.

   

Catalogue "Lynne Cohen - Faux Indices" - Exposition au Musée d'art contemporain de Montréal - du 7 février au 28 avril 2013 / Lynne Cohen & François LeTourneux (Page 22-23)