Athi-Patra
Ruga

Né à Umtata (Afrique du Sud) en 1984, Athi-Patra Ruga vit et travaille à Johannesburg et Cape Town.

Explorant les frontières entre la mode, la performance et l'art contemporain, Athi-Patra Ruga expose et subvertit le corps confronté aux structures, aux idéologies et à la politique. Débordant de références multiculturelles éclectiques, d'une sensualité charnelle sous-tendue d'humour, ses performances, vidéos, costumes et images photographiques créent un monde où l'identité culturelle n'est plus déterminée par l'origine géographique, l'ascendance ou l'aliénation biologique, mais bien plus par une construction hybride. Contre-proposition utopique du triste dogme de la division entre l'esprit et le corps, la sensualité et l'intelligence, la culture pop, l'artisanat et l'art concourrent dans ses oeuvres à exprimer l'érotisme de la connaissance et le rapprochement entre le rêve avec l'expérience.

Parmi ses récentes expositions on peut citer « Under Tinsel Sun » , exposition principale à la IIIe Biennale internationale de Moscou pour les jeunes artistes ; « Making Way », en collaboration avec Mikhael Subotzky au National Arts Festival of Grahamstown (Afrique du Sud) ; « Ilulwane », performance solo à PERFORMA11 (NY) ; « Imaginary fact »,  pavillon sud-africain à la 55e Biennale de Venise (Italie); « Beauty and Pleasure in Contemporary south African Art » au Musée Stenersen à Oslo (Norvège);  Triennale de Guangzhou (Chine); « Ampersand » à la collection Daimler (Berlin); « A life less ordinary ? Performance and Display in South African Art (Royaume-Uni) ;  « For those who live in it ? Pop culture Politics and Strong Voices », MU (Pays-Bas); « The Elder of Azania », YBCA / SFMOMA (San Francisco) et Dak'Art - Biennale d'Art Contemporain Africain(Dakar).

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EXPOSITIONS (SÉLECTION)

Expositions personnelles

2016
Bass Museum, Miami Beach, US
Kunstraum Innsbruck, AT

2015
A People without a Land... for a Land without a People, In Situ - fabienne leclerc, Paris, FR
The Eleder of Azania, Grahamstown National Arts Festival, Grahamstwon, ZA
The Elder of Azania, Théâtre national de Chaillot, Paris, FR
The Elder of Azania, the Johannesburg Pavilion, 56th La Biennale di Venezia, Venice, IT

2013
The Future White Women of Azania Saga - WHATIFTHEWORLD, Cape Town, ZA

2012
Ilulwane, solo presentation at Long Street Baths, Cape Town, ZA
2011
Ilulwane, solo presentation at Performa 11, New York City, New York, US

2010
Athi-Patra Ruga - The Works, Solo Exhibition FRED Gallery, London, UK

2009
Mister Floating Signifier and the Deadboyz, Solo Exhibition, Whatiftheworld / Gallery, Cape Town, ZA
After He Left, Solo Exhibition, YOUNG BLACKMAN, Cape Town, ZA

2008
…of bugchasers and watusi faghags, Solo Exhibition, Art Extra, Johannesburg, South Africa

Expositions collectives

2017
Art/Afrique, Le nouvel atelier, Fondation Louis Vuitton, Paris, FR
Tous, des sang-mêlés, MAC VAL, FR
En toute modestie - Archipel Dirosa, Musée Internation des Arts Modestes (MIAM), Sète, FR
En marge, In Situ - fabienne lecerlc, Paris, FR

2016     
An Age of Our Own Making, Holbaek, DK
Women’s Work, IZIKO South African National Gallery, Cape Town, ZA

2015     

Joburg Art Fair - WHATIFTHEWORLD, Sandton Convention Centre, Johannesburg, ZA
The Film Will Always Be You: South African Artists on Screen, Tate Modern, London, UK
AFRICA: Architecture, Culture and Identity, Louisiana Museum of Modern Art, Louisiana, US
Lumières d’Afriques, Theatre National De Chaillot, Paris, FR
Foreign Bodies - WHATIFTHEWORLD, Cape Town, ZA
Queer Threads, Leslie & Lohman Museum of Gay and Lesbian Art, New York, US
Making Africa: A Continent of Contemporary Design, Guggenheim Bilbao, ES
Studio: The Lives and Works of South African Artists, IZIKO South African National Gallery, Cape Town, ZA
Odyssées Africaines, commissaire Marie-Ann Yemsi, Brass, centre culturel de Forest, BE

2014
Public Intimacy : art and other ordinary acts in South Africa, SFMOMA, San Francisco, US

2013
Films for Peace, Screened Worldwide including South Africa, Paris FR, London UK, New York US, Sydney AU
Sharp Sharp Johanesburg, Gaite Lyrique, Paris, FR
The Beautyful Ones, Galerie Nolan Judin, Berlin Imaginary Fact, 55th La Biennale di Venezia, South African Pavillion Venice, IT
Between the Lines, Braunschweig University of Art, Berlin, DE
Making Way: Contemporary Art from South Africa and China, Standard Bank Gallery, Johannesburg, South Africa
Between the Lines, Braunschweig University of Art, Berlin, DE

2012
A SHOT IN THE ARSE, The Michaelis Gallery, Cape Town, ZA
Under a Tinsel Sun, The III Moscow International Biennale For Young Art, Moscow, RU
Making Way, in collaboration with Mikhael Subotzky, National Arts Festival, Grahamstown, ZA
Neither Man Nor Stone, IZIKO South African National Gallery, Cape Town, ZA

2011
BECOMING: Photographs from the Wedge Collection, Nasher Museum of Art, North Carolina, US
Solo Presentation at VOLTA New York City, New York, US
A Tribute to Photography, Primo Marella Gallery, Milan, IT
Living as Form Exhibition, New York, US

2010
From Pierneef to Gugulective, South African National Gallery, Cape Town, ZA
For Those Who Live in It - Pop culture Politics and Strong Voices, MU Foundation, Eindhoven, NL
DADA South?, South African National Gallery, Cape Town X HOMES, Performance Art Series, Johannesburg, ZA
The Body In Question IV: La Momma Morta, Solo Exhibition, YOUNG BLACKMAN, Cape Town, ZA
Africa, Assume Art Position !, Primo Marella Gallery, Milan, Italy

2009
A Life Less Ordinary; Performance and Display in South African Art, Djanogly Art Gallery, Nottingham, UK
Beauty and Pleasure in Contemporary South African Art, Stenersen Museet, Oslo, Norway Infecting the City, Cape Town CBD, ZA
Spot on Dak’Art - 2008 Retrospective, IFA Gallery, Berlin, DE
Pret a Partager (More than the sum of its parts), IFA Gallery, Stuttgart, DE
Big Wednesday, Whatiftheworld Gallery, Cape Town, ZA

2008
Peripheral Vision and Collective Body, Museum of Modern and Contemporary Art, Bolzano, IT
Big Wednesday, Whatiftheworld Gallery, Cape Town, ZA
Disguise: The art of attracting and deflecting attention, Michael Stevenson Gallery, Cape Town, ZA
Upstairs/Downstairs, Association of Visual Arts, Cape Town, South Africa The Trickster, Art Extra, Johannesburg, ZA

2007
Impossible Monsters, Art Extra, Johannesburg, ZA
Miss Congo, Performance in collaboration with Christopher Martin,Confluence 4.2, Design Indaba 10, Cape Town, ZA
“She is dancing in the Rain with her hand in the toaster”, Performance in collaboration with Christopher Martin, Michael Stevenson Contemporary, Cape Town, ZA
Inj’ibhabha Series, Jaundiced Arcadia / Tales of Counterpenetration, Progr zentrum fur kulturproduction, Bern, CH

2006
Doc. no3, Die Naai Masjien - Miss Congo, Kinshasa, CD

2005
Doc. no2, Die Naai Masjien- The Revenge of the 9ft Ma-Benz and her Toothless Taxi Kings, Elle New Talent Awards / South African Fashion Week, ZA

2004
Doc. no1, Die Naai Masjien - Familie Fortuin, Elle New Talent Awards / South African Fashion Week, ZA

Performances

2016
Decimation, Roskilde Festival, Copenhagen, DK
Over the rainbow, Performa NYC, US
Queens in exhile, Michigan Theatre, Ann Arbor, Michigan, US

Residences

2007
A.I.R., PROGR- Zentrum fur Kulturproduction. Bern, Switzerland. Kin Be Jozi, August House, Johannesburg, ZA

2006
Scenographies Urbaines, Lingwala, Kinshasa, CD

Textes

«Il faut penser le mythe comme processus, comme verbe, « je mythe » ; son rôle peut alors être bien mieux compris. La fonction sous-jacente du mythe est de nous aider à réfléchir sur ce qu'est l'existence humaine. Mais plutôt que d'en clôturer le sens, il nous pousse et nous oriente vers de multiples directions.» Prof. Mary Beard

Athi Patra Ruga fait partie de ces quelques artistes travaillant aujourd'hui en Afrique du Sud qui ont adopté les tropes du mythe comme réponse contemporaine à l'ère post-apartheid. Ruga s'est toujours attaché à créer des  identités alternatives qui transmuent l'expérience de marginalisation en une chose étrangement identifiable.

Parmi les nombreuses créations que l'on peut apprécier à ce jour: le Beyrouth, personnage à l'identité sexuelle ambivalente, dont le nom, par ses consonances moyen-orientales, évoque des notions relatives à l'orientalisme d'Edward Said et aux Illuwane*. Encore une fois, une entité à la sexualité ambivalente, enracinée dans la mythologie Xhosa.

Ruga vient d'achever une nouvelle série de personnages mythiques qui nous sont un peu plus familiers. Dans The Future White Women of Azania, Ruga revisite la fiction d'Azania, image d'une Arcadie sud-africaine décolonisée, créée à l'époque de l'apartheid. Ce mythe peut presque sembler encore plus utopique à notre époque qu'à celle durant laquelle le  Congrès panafricain (PAC) s'est approprié le nom de celui-ci en 1965 pour désigner l'idéal d'une Afrique du Sud future. Du moins pouvait-on alors rêver de manière plus optimiste, en grande partie parce que cet idéal semblait infiniment lointain.

Mais Ruga, dans sa façon d'imaginer l'Azania, reste extrêmement proche du mythe originel, le situant en Afrique de l'Est, tout comme le fit le romain Pline l'Ancien lorsqu'il inscrivit la première trace écrite de ce nom. Sur sa carte The Lands of Azania (2014-2094), Ruga crée des terres évoquant l'idée de péché, de décadence et de la politique actuelle. Les pays nommés Palestine, Sodom, Kuntistan, Zwartheid et Nunubia sont des territoires qui font référence à des régions datant des époques pré-coloniales, coloniales ou bibliques, avec toutes les connotations négatives et politiquement inquiétantes que l'on peut leur associer. Toutefois, par ce qui semble être une sorte de réponse aux cartes «politiquement» brodées de l'artiste italien Alighiero Boetti, Ruga suggère que la politisation des mots, en un sens, précèdent l'édification de l'idéologie de l'État-Nation. Azania est d'avantage une région de couleurs tropicales, peuplée de personnages dont les identités sont en état de transformation. Au centre de ces figures s'élève « The Future White Woman »  dont la métamorphose raciale, qu'enveloppe un cocon de ballons multicolores, suggère quelque chose d'inquiétant, quelque chose qui interroge les processus de la problématique assimilation culturelle. Le mythe d'une Arcadie future est alors attaqué, s'il n'est pas entièrement rejeté.

Manifestement, contrairement à ce que suggère Barthes dans son essai Mythologies, chez Ruga, la création de mythes n'est pas un acte simplificateur qui dépolitise afin de perpétuer l'idée trompeuse d'une « bonne société » future. Au lieu de cela, plaçant cet extravagant autoportrait au centre de ses personnages, Ruga s'imagine clown ou bouffon (à l'image du peintre rococo Watteau et de son tableau Gilles), figure de l'interprète et produit culturel que des forces hors de son contrôle ont engendré.

L'Azania de Ruga est un monde de transformations déroutantes dont les références sont le Rococo et son dérivé plus moderne, le Pop. Mais quelle que soit l'avenir que ce mythe préfigure, l'Azania de Ruga, par sa richesse, sa toile de fond tropicale, ses identités complexes et troubles, n'est pas le lieu de l'harmonie et de la paix - ou du moins, celui-ci ne pourrait être aisément identifiable comme tel. Comme Ruga l'a évoqué lors d'une récente visite d'atelier, cette démarche artistique de création de mythes ou de réalités alternatives, typique de sa génération, est d'une certaine manière, une tentative de se détacher des traumatismes de ces deux cent dernières années. Un processus de distanciation clairvoyante au travers duquel leurs blessures peuvent alors être envisagées d'une manière autre, se dégageant de l'habituelle douleur ramenée au plan personnel ou de la posture défensive et subjective.

* mot signifiant chauve-souris en langue Xhosa, qui peut également qualifier un jeune homme ayant renoncé au traditionnel rite de passage à l'âge viril. (le nom Xhosa est celui d'une ethnie d'Afrique du Sud).